Sally Zalewski est docteur en écologie et sciences naturelles, spécialisée dans l'écologie et l'éducation. A partir des années 90, elle est consultante pour le WWF France et International, l’UNESCO, l’Union Européenne ... Elle travaille sur le projet de création de l’association TAKH par l’intermédiaire du WWF avant de devenir membre de son Conseil d’administration. Aujourd’hui, depuis l’Angleterre, elle poursuit son engagement actif aux côtés du projet TAKH en devenant la présidente de la société TAKH Développement.

 

Bonjour Sally, peux-tu nous dire quelques mots sur ton domaine de recherche ?
Je m’intéresse à l’impact des mesures de conservation sur les habitants qui vivent à proximité : comment faire comprendre les programmes de protection et parfois les interdictions. J’ai travaillé à l’élaboration de programmes de sensibilisation et d’éducation visant à une meilleure information et à une participation de la population. Je suis restée un an sur le terrain en Afrique pour le WWF, dans différents villages en partageant le quotidien des villageois. Je garde en mémoire une mission réalisée dans le nord de la République du Congo. Il s’agissait d’évaluer un programme d’éducation et un projet de pépinière. A cette occasion, j’ai découvert un projet pour les gorilles de montagne ainsi qu’une étude scientifique sur un groupe de chimpanzés. Ce séjour extraordinaire fut un tournant dans ma carrière. A life-changing experience !

Comment as-tu rencontré TAKH et les chevaux de Przewalski ?
C’est dans les années 80, alors que je travaillais pour le WWF France qu’un dossier de demande de soutien pour la sauvegarde et réintroduction du cheval de Przewalski a été déposé. Passionnée par les chevaux depuis mon enfance, j’ai alors démarré le projet qui a abouti à la création de l’association TAKH avec Claudia FEH. Il fallait trouver un espace proche des conditions naturelles que les chevaux rencontreraient en Mongolie et suffisamment grand. Le Causse Méjean répondait bien à ces critères. C’est cette histoire que j’ai racontée avec Claudia FEH et Frédéric JOLY, l’ancien directeur de TAKH dans le livre Le Cheval de Przewalski, sorti en 2018.

Qu’aimerais-tu changer aujourd’hui dans le domaine de la conservation de la nature et des espèces animales ?
Il me semble qu’il faudrait avant tout que les gouvernements prennent leurs responsabilités plus au sérieux dans ce domaine et qu’ils s’engagent sur une véritable politique de conservation de la biodiversité et pas simplement sur des actions liées aux intérêts financiers des ressources naturelles. Cela implique de vraies interdictions pour des produits venant de la forêt tropicale (huile de palme, meubles en bois exotiques, etc), plus de produits de saison, locaux et moins de produits alimentaires importés des pays lointains par avion, l’interdiction de l’obsolescence programmée des machines …

Pour beaucoup de personnes engagées dans la protection de la biodiversité, la crise sanitaire actuelle révèle aussi notre approche d’une nature que l’on peut utiliser, exploiter, modifier sans s’interroger sur notre impact. Qu’en penses-tu ?
Nous sommes face aux conséquences de notre comportement de consommateurs effrénés. Cette crise est clairement d’origine écologique : des écosystèmes ravagés, des espèces de faune et de flore surexploitées jusqu’à l’extermination de certaines d’entre elles, l’introduction d’espèces envahissantes qui occupent les niches écologiques d’espèces indigènes. Et surtout des espèces domestiques et sauvages qui se croisent dans un même milieu avec des résultats désastreux : l’échange de pathogènes et le passage de maladies entre espèces qui ne devraient pas être en contact. Un processus qui facilite le passage de maladies à l’homme. Cela nous montre l’urgence de sortir du modèle productiviste dans lequel tout devient « une ressources » pour refonder notre modèle et le mettre au service de notre bien commun et de la vie.

Interview réalisé en mai 2020